Paris Major : Thomas Leygue premier Français en huitièmes d'un Major, et un bilan tricolore inédit
Quatre victoires dans un Major, dont deux en qualifications puis deux dans le grand tableau : voilà ce que Thomas Leygue rapporte de ce Paris Major 2026. Le joueur d'Aix-en-Provence, 24 ans, 146e au classement FIP, est devenu cette semaine le premier Français à atteindre les huitièmes de finale d'un Major. Associé à l'Espagnol Jesús Moya (158e), il s'est incliné jeudi 10 septembre contre les têtes de série n°4 Franco Stupaczuk et Jon Sanz, 7-5, 6-3. Le score ne raconte pas grand-chose de la semaine.
Le match qui a fait basculer la semaine
Tout est parti du deuxième tour, mercredi 9 septembre, contre Sanyo Gutiérrez et Juanlu Esbrí, têtes de série n°13, respectivement 24e et 22e mondiaux, avec un ancien numéro 1 mondial d'un côté du filet. Sur le papier, l'affaire ne souffrait pas de discussion. Sur le court, Leygue et Moya l'ont emporté 6-2, 4-6, 7-5.
Le premier set est quasi parfait. Break dès 1-1, plan de jeu limpide : des chiquitas millimétrées pour interdire la volée haute, une énorme présence de Moya dans le jeu aérien, et un Leygue capable de sortir des défenses que personne n'attendait. Double break à 3-1, un contre-break concédé, repris dans la seconde. 6-2, en face Esbrí accumule les fautes et Gutiérrez ne cache pas sa frustration.
Le deuxième acte s'inverse. Les Français-Espagnols mènent au break, puis relâchent légèrement à 3-2. Esbrí retrouve son niveau, Gutiérrez reprend du poids dans les échanges, et la tête de série n°13 boucle la manche 6-4 après un break à 5-4. Il faut donc un troisième set pour départager, et c'est Leygue et Moya qui le prennent 7-5, dans un Philippe-Chatrier en ébullition. L'une des victoires les plus marquantes de l'histoire du padel français.
Puis la marche trop haute
Jeudi, pour ce huitième de finale historique, la paire tricolore-espagnole affrontait deux candidats au titre. Elle a résisté plus longtemps que prévu. À 3-3 dans le premier set, Leygue et Moya obtiennent une balle de break, sous la forme d'un star point, ce point à valeur double introduit cette saison sur le circuit. Ils ne la convertissent pas, et cèdent la manche 7-5.
Dans le second set, la résistance dure jusqu'à 4-3. Ensuite, Stupaczuk et Sanz accélèrent et concluent 6-3. Les deux outsiders quittent le court sous une longue ovation du Chatrier. Pour un joueur classé 146e qui revenait d'une grave blessure au tendon d'Achille, le parcours relève presque de l'anomalie statistique.
Trois Français, trois paires, une première
L'autre information de cette semaine est collective. Pour la première fois, trois Français ont atteint le deuxième tour du Paris Major, chacun dans une paire différente : Dylan Guichard associé au Belge Clément Geens, Timéo Fonteny aux côtés de l'Espagnol Nacho Moragues, et Leygue avec Moya.
Trois trajectoires distinctes pour un même résultat. Guichard/Geens et Fonteny/Moragues ont bénéficié d'une wild card de la FFT pour intégrer directement le tableau principal. Leygue et Moya, eux, sont passés par les qualifications, faute d'invitation.
Le débat des wild cards, rétrospectivement
Ce dernier point a fait parler avant le tournoi, et il mérite d'être replacé dans son contexte. Leygue revenait progressivement de sa blessure au tendon d'Achille, son association avec Moya était encore en rodage, et la paire avait déclaré forfait pour raisons médicales au FIP Bronze de Marnes-la-Coquette quelques jours avant le Major. La FFT pouvait légitimement juger que le duo n'offrait pas assez de garanties pour y engager l'une de ses précieuses invitations.
À l'inverse, le cas Guichard/Geens alimente la réflexion : la paire franco-belge figurait parmi les quatre meilleures des qualifications avant de recevoir finalement une wild card. Difficile, une fois les résultats connus, d'affirmer que la stratégie retenue était la plus optimale. Mais le bilan global, lui, est incontestablement le meilleur jamais enregistré par le clan tricolore à Roland-Garros.
Le paradoxe français, toujours là
Car il faut rappeler le point de départ. Sur un tableau masculin de 48 paires dont 39 directement admises, aucun Français n'était qualifié d'office. La France approche du million de pratiquants, dépasse les 4 000 pistes et recense environ 1 240 clubs, mais l'élite mondiale reste hors de portée directe chez les hommes.
Ce décalage n'est pas un échec, c'est un délai. Former un joueur capable de tenir un tableau de Major prend plus longtemps que construire une piste. Et la semaine parisienne montre justement que l'écart se réduit : quatre victoires, un huitième de finale, une tête de série n°13 renversée. À quelques semaines du prochain Championnat du monde, le timing est bon.
Pour suivre le padel français au quotidien, voir aussi notre décryptage du classement FFT, les résultats du FIP Bronze de Marnes, et le record d'affluence de ce Paris Major.